Un outil qui vous veut du bien

L’instrument

L'instrument en question

Les histoires d’amour…

En général, nous n’avons aucune raison rationnelle de le choisir. On l’a rencontré lors d’un concert, ou un groupe d’amis nous l’a fait connaître. Et puis on est tombé amoureux, comme ça ! Amoureux de sa voix, de ses formes, de toutes ces promesses qui nous font rêver.

Alors on le prend. On passe des heures avec lui. Nous devenons inséparables. Il nous fait progresser dans notre vie, socialement. Nous sommes remplis d’attention envers lui. Nous sommes remplis de rêves envers nous.

Il est notre miroir. Il reflète qui nous sommes. Il est intransigeant avec nous. Il fini par prendre tout notre temps. Le temps physique, notre temps social. Il nous confine ! Il dévore notre enfance, notre adolescence.

Et puis vient le temps des déceptions, un temps de lassitude. On a mille raisons de l’abandonner. Plus tard on dira « je n’avais pas le choix : c’était ça ou… »mille raisons invoquées toutes valables aux oreilles de nos interlocuteurs : c’est rationnel. Ils comprennent !

C’est à ce moment là que le vrai choix opère. Nous prenons conscience qu’il devient l’outil et pas l’essentiel. Qu’il n’existe que si nous croyons en… nous. Alors nous laissons nos douleurs de côté pour atteindre le plaisir de jouer. Notre instrument est l’accessoire du « qui nous sommes ». Il donne l’accès au Moi.

De père en fils.

Mon grand-père Juan dit Juanito parce que jadis il avait été enfant dans sa médina, ne jouait d’aucun instrument. Il était sociétaire dans la fanfare de son quartier, Les trompettes de la revanche sur le plateau Saint-Michel à Oran. C’était le club du quartier. Aujourd’hui nous dirions : adhérent d’une asso.

Je ne sais pas pourquoi il ne jouait d’aucun instrument, mais d’après mon père qui lui s’appelait Lucien parce que ses parents ne voulaient plus de prénom hispanique dans notre famille, Juan était fier de porter l’étendard à chaque sortie de son club. Cette fanfare dont le répertoire musical était essentiellement militaire, et née sous la IIIème République, dans l’ambiance vengeresse de la guerre de 1870. Les Trompettes de la revanche était aussi une école de musique où on apprenait la trompette de cavalerie, le cor de chasse, le tambour, les cymbales et la grosse-caisse le tout vulgairement appelé la clique.

C’est ce qui explique pourquoi mon père a hérité de cette instrument : la trompette de cavalerie ! Il avait cette raison Républicaine d’aimer la musique. Mon grand-père lui avait cette fierté qu’il en fît…

écoutez Tom Pillibi

Héritiers… mais pas épigones !

Pour ma mère et mes deux frères dont j’étais le cadet, notre rapport à la musique avait l’odeur du poulet rôti du dimanche, la couleur jaune du Teppaz qui trônait en haut de l’armoire de la chambre à coucher, la solennité du moment où j’étais assis sur le tapis que portait le parquet « versaille » qui brillait à la cire odorante d’encaustique, au deuxième étage de la rue Rossini à Limoges. Il était ce moment où nous regardions notre père détrôner le Teppaz, déplier le haut-parleur unique qui servait de couvercle et installer le tout sur la table de la salle à manger où serait servi juste après, le repas dominical.

Nous avions la faveur de notre père, chacun notre tour jusqu’au repas, de choisir un disque à écouter. Mon frère benjamin (qui s’appelle Hervé) n’était pas encore né et quelques années plus tard, il était trop jeune pour pouvoir choisir. J’eus durant presque 4 ans le privilège du premier choix !

Chaque dimanche je désignais avec enthousiasme et fébrilité un titre des Scarlet, un groupe vocal de ces années 60, qui chantait dans une harmonie presque divine : Papa aime maman. Mon frère de quatre ans mon aîné, choisissait invariablement Tom Pillibi du même groupe,

Puis venait le tour de mon père – puisque ma mère était en cuisine. Nous avions un concert bruyant d’environ 10 mn de tambours, trompettes et autres instruments claironnants, de la Garde Républicaine. Ma mère venait rituellement stoppait le tintamarre – c’était là son seul choix – pour qu’il change de disque. Et il l’échangeait presque à regret, pour Digno Garcia y sus carios. Aux premières notes de la harpe de Malagueña Salerosas, ma mère, qui s’appelle Carmen parce que son père était encore Espagnol, avait le chant muet que seul son sourire démasquait. La nostalgie de la jeunesse frappe souvent l’âme des humains d’une manière bruyante ou discrète.

Ce rituel s’arrêta brusquement quand mon père acheta une maison à la compagne où, dans nos dimanches traditionnels désormais perdus, nous n’entendions plus que les chants des oiseaux du printemps à l’automne ou celui du bois qui crépitait dans la cheminée de l’automne au printemps. Nous y passions tous nos week-end et nos vacances dans ce cadre intemporellement champêtre .

Nous rendions parfois visite à la musique pendant la période estivale au hasard d’une fête ou d’un radio-crochet.

écoutez Tom Pillibi

Mais alors ?

j’y viens !

Nous étions cinq depuis près de neuf ans, quand en rentrant un soir du collège, lassé par mes devoirs qui étaient presque terminés, je demandais à mon frère Jean-Luc s’il pouvait me prêter son accordéon, un jouet rouge à touche piano qu’il avait hérité d’un noël gâté ou d’un anniversaire Oranais d’enfant unique. Entre deux assiettes essuyées et une casserole rangée, ma mère accepta. Il était placé en haut et au fond du placard de notre chambre au 15ème étage du 12 rue Joliot Curie à Limoges.

C’était le seul « instrument » que nous possédions mis à part la trompette et le clairon de mon père.

Je venais de découvrir depuis quelques semaines seulement l’utilité frivole de la flûte à bec de Madame Vignerie, notre professeure d’éducation musicale au collège Albert Calmette, qui nous enseignait sa pratique dans un brouhaha discordant. Ce soir là en rentrant du collège, j’eus l’idée singulière de jouer les notes instruites au programme des 6ème C, sur le jouet à soufflet de mon frère.

Je fus heureux et je jubilais de découvrir que les mêmes notes jouées à la flûte à bec pouvaient être interprétées par un autre instrument. Mes parents me trouvaient doué. On m’inscrit alors dès la rentrée en 5ème C, à l’école de musique du quartier juste en bas de chez moi où on enseignait… l’accordéon.

Notez cet article

3 commentaires sur “Un outil qui nous veut du bien !”

  1. Excellent Alain!La collection Panorama j’ai du en garder un: Lisette Jambel « Petit homme c’est l’heure de faire dodo » je vais le rechercher!!!
    Et comme quoi la flûte à bec n’a pas été si inutile de quoi réconforter cette madame Vignerie!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.