Conception humaine

Rien qu'une chanson...

Le sujet.

La fibre de son manteau a encore frôlé ma main ce matin.

Non ! j’exagère car elle était à plus d’un mètre de moi. Mais nous nous sommes réellement croisés une fois de plus. Cela a commencé il y a quelques semaines sur le chemin matinal vers mon travail : je la vois de loin, je la reconnais à sa silhouette, à sa démarche, à ses habits aussi. Ces derniers temps elle porte un manteau d’hiver, un bonnet de laine tricoté avec de grosses aiguilles, comme son écharpe faite de la même laine qui lui couvre la moitié de son minois quand le matin est plus glacial.

Mais quand l’aurore se fait plus doux et que ses pas croisent les miens, je crois voir un sourire se dessiner sur son visage. Elle regarde fixement droit devant elle et sourit légèrement. Suffisamment pour que je le remarque, assez pour qu’elle m’émeut.

Nous nous croisons sans nous dire « bonjour », à peine si nous partageons nos regards. Peut-être a-t-on peur d’être entreprenant l’un envers l’autre. Mais pourquoi faudrait-il souhaiter bonjour à une inconnue, à un inconnu ? Pourquoi tant de futilité pour deux personnes pressées de se rendre à leur labeur ?

Aussi, ce matin j’ai décidé d’écrire une lettre et de la lui remettre. N’espérant rien en retour, si ce n’est qu’un bonjour futile, ou un échange épistolaire, ou rien…

Tout cela me semble ridicule et à vous certainement aussi, mais l’originalité de cet échange me pousse à cette correspondance cocasse.

Deux semaines plus tard : brouillon(s).

boule de papier froissé images photos gratuites libres de droits

Cela fait plusieurs semaines, certains matins quand les rues sont éclairées des lumières jaunes des lampadaires de la ville. Oui ! ça fait plusieurs matins, encore planant dans mes pensées matinales, grisé d’un sommeil à peine consommé, quand mes pas se dirigent vers mon lieu de travail, plusieurs semaines encore, que son manteau frôle ma main.

Je vois au loin sa silhouette se découper dans le matin de nos labeurs, quand nos pas vont se croiser sans pouvoir s’arrêter, sans pourvoir se parler de peur d’effrayer l’autre, de peur des rumeurs qui croiseraient nos chemins. Nous allons d’un pas pressé ce vers quoi nous comptons : d’une asso pour l’un, d’une classe pour l’autre. Sans un mot nous nous croisons, le temps d’un instant, sans croiser nos regards, sans croiser nos pensées.

Pourtant quelquefois je vous vois sourire, Madame. Votre sourire muet dans vos pas pressés sans croiser mes pensées, m’émeut. Ces mots qui me viennent, Madame, mais ces mots vous reviennent Madame, ces mots étalés d’une encre fraîche sur un trottoir de la rue Barbès, ces mots j’aimerais vous les donner car un bouquet serait de trop. Ces mots pour vous dire Madame, combien vos pas ravissent mon chemin.

Puis de fil en aiguille : poésie.

C’est dans la rue Armand Barbès, Madame.

Certains matins remplis d’ivresse, Madame.

Dans cette ville qui se réveille

Saturée d’ambre et de sommeil,

Que votre main frôle la mienne.

 

Pourtant nos pas sont si pressés, Madame.

Partant chacun de leur côté, Madame.

Que ce hasard dure un instant

Sans que nos yeux ne soient parlants,

Sans même qu’un bonjour ne vienne.

 

J’aimerai tellement vous écrire, Madame.

M’étonner de votre sourire, Madame

Qu’un tourbillon sans plus attendre

M’a présenté ce bouquet tendre

Conçu de mots qui vous reviennent.

 

C’est dans la rue Armand Barbès, Madame

Certains matins remplis d’ivresse, Madame.

Que ce hasard dure un instant

Sans que nos yeux ne soient parlant,

Sans même qu’un bonjour ne vienne.

Pour la musique ? c’est une autre histoire…

Notez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.