Au drapeau !

Le recrutement.

Le bus qui nous amenait dans le quartier Nansouty rue de Bègles à Bordeaux, venait de se garer dans la cour de la caserne. On nous mit en rang devant un grand bâtiment, nos sacs encore civils à nos pieds.

À l’appel de notre nom, un soldat venait nous accompagner vers une salle au deuxième étage.

Tout avait commencé quelques mois auparavant au Centre de Sélection et d’Orientation n°4, vulgairement appelé, par tous les hommes de la 4ème R.M. qui ont fait leur trois jours à Limoges : le CS4. C’est à cet endroit où se déciderait mon avenir pour les mois qui suivirent.

Il y avait une visite médicale, quelques tests physiques (si je m’en souviens bien), et un test de capacité intellectuelle que j’ai réussi avec brio, vous pensez bien!

La dernière étape était un test d’aptitude aux métiers des armées. Des questions à choix multiples contenues dans quelques pages reliées sous forme d’un cahier, nous était proposées suivant des critères mystérieux. Nous devions le remplir et le rendre en un temps donné. Comme à cette époque j’avais commencé une longue carrière de postier, on me donna le cahier qui avait pour thème : « Bâtiments et Travaux Public ». Par chance, j’avais passé quelques concours de musique diplômant et à la visite finale, j’ai pu présenter au dernier militaire qui me semblait être le chef, à cause de son bureau et de ses cheveux blancs, mes sept diplômes et leur médaille, pour le côté martial de la situation. Il fût étonné de voir autant de distinctions pour de la musique, mais il les inscrivit sur mon dossier avec enthousiasme.

Musique à l’honneur.

C’est pour cette raison que je me trouvais ce 4 avril, au 2ème étage du bâtiment « musique » de la Caserne Nansouty rue de Bègles à Bordeaux.

Nous étions convoqués pour l’ultime sélection, basée suivant nos capacités physiques et musicales. Nous pouvions être incorporés soit à Pau au 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes, dans la musique du régiment où les sauts prévalaient sur les notes de musique, soit au 126ème Régiment d’Infanterie à Brive-La-Gaillarde (tout proche de chez moi), ou encore à la Musique Régionale de la 4ème R.M. basée à la caserne Nansouty, où la musique était à l’honneur

Je ne saurai jamais si c’est à cause de mes faibles capacités physiques ou de mon niveau musicale, mais je fus recruté à la Musique Régionale de la 4ème R.M.

La 4ème R.M. était incluse dans un triangle qui allait de La Rochelle au nord, à Pau au Sud et à Limoges à l’est.

Cette unité militaire couvrait tous les évènements officiels qui se déroulaient à l’intérieur de ce triangle martial. Elle était rattachée au 57ème Régiment d’Infanterie basée au camp disciplinaire de Souges, dans la commune de Saint-Médard en Jalles.

Aux armes !

C’est là que nous amena un second bus après notre sélection heureuse.

Pour mieux décrire le camp de Souges, j’aimerai que vous imaginiez une plage. Une plage de sable blanc bordée de pins des Landes à perte de vue. Un sable où vos orteils s’enfoncent délicatement dans sa structure moelleuse. Vous y êtes ? alors enlevez la mer de cette plage et chaussez des rangers : Bienvenue à Souges. Nous découvrions les bâtiments austères, qui abritaient les compagnies de combat prêt à faire face aux invasions soviétiques. Ils seront nos abris pendant notre instruction guerrière.

Pourtant, ce n’est que le lendemain après la coupe réglementaire, après avoir reçu notre paquetage et appris quelques rudiments sur la vie au camp, que nous devenions officiellement pour douze mois, des appelés du contingent.

Pins des Landes

Sergent Instructeur Rodriguez.

Le sergent instructeur Rodriguez n’aimait ni les musiciens et ni les gens qui portaient des lunettes.

Il nous apprenait des chants martiaux, qui célébraient nos pairs, ces intrépides combattants. Le chant d’Eugénie faisait parti de notre répertoire. Il parlait de soldats qui, malheureux de quitter l’impératrice Eugénie (femme de Napoléon III), partaient avec enthousiasme vers le Mexique combattre de méchants révolutionnaires. Le sergent Rodriguez, qui était un mélomane averti, voulu tester nos qualités de musiciens et l’acoustique d’un local spacieux d’à peine 3 mètres carrés qui ressemblait à un vestige de la dernière guerre mondiale, perdu dans le camp. Il y entrait avec les quinze musiciens du contingent transformés en guerrier. Trois d’entre nous portaient à la ceinture un masque à gaz de trois tailles différentes. Lui, qui ne manquait aucune occasion même pendant ces temps récréatifs, d’honorer son métier d’instructeur, nous expliqua dans cette circonstance comment utiliser ce masque à gaz de combat, car le soviétique, c’était connu, était fourbe.

L’exercice d’instruction consistait à enfiler le plus rapidement possible l’un des trois masques, de l’ajuster au mieux, puis l’enlever et le passer à son voisin. Et comme l’ambiance à ce moment était plutôt festif, il nous demanda de chanter Eugénie. C’est au troisième tour de chant que le sergent Rodriguez s’ennuya : il eut la brillante idée de sortir son pistolet semi-automatique, modèle 1950 de calibre 9 mm Parabellum, et tira trois cartouches de gaz lacrymogène pour illustrer l’exercice et notre chant :

Eugénie les larmes aux yeux,

Nous venons te dire adieu…

Nous pleurions tous en chœur y compris le sergent instructeur Rodriguez qui ne chantait pas.

L’exercice nous a démontré que l’humain pouvait être solidaire ou égocentré, mais comment en vouloir aux gens qui pensent leur dernière heure venue…

Quant à la caserne Nansouty, c’est une autre histoire…

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